Christopher Jaumoulle

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Témoignage

« Akanyoni katagurutse ntikamenya iyo bweze. »

Mon voyage n'a pas juste été une grande aventure mais une chance de découvrir un autre pays, avec une population et des coutumes différentes des miennes, (un passé, des traditions). Nous avions comme but la reconstruction d'une école primaire d’un village appelé MWEYA, au fil du temps il s’est avéré qu’au-delà du chantier, c’est une expérience bien plus profonde qu’un simple voyage qui nous attendait. Nous ne savions pas encore qu’à notre retour, nous aurions tous emporté une part du Burundi dans notre cœur.

De rencontres en rencontres, de ville en village, de Bujumbura à Gitega, des images contrastées se noient dans mes yeux, je me souviens par exemple des magnifiques couchers de soleil sur la plage du lac Tanganyika. Malheureusement ces paysages idylliques tranchent avec les réalités du pays. Il est courant d’assister au triste quotidien des jeunes enfants de la rue, forcés de s’alimenter des restes d'une assiette laissée sur la plage.
Cet événement restera mon premier souvenir marquant. Ici la misère est omniprésente et la vie n’est guère facile pour ces enfants des rues. C'est difficile, pour moi, jeune européen, de voir de si petits enfants vivant dans cette pauvreté, et livrés à eux même.

En parcourant la capitale, c'est toute une effervescence et une palette de couleurs qui se mêlent à l’odeur du marché central de Bujumbura.
En goûtant les fruits du marché, je redécouvre les vraies saveurs d'un avocat, d'un ananas, d'une banane,…

Ensuite, vient le Forum à Mweya, il consiste donc à réunir les jeunes burundais, issus des différents clubs scolaires des Droits de l’Homme, et les belges pour la reconstruction d’une école, mais également à partager nos cultures et à assister ensemble à des cours d’éducation civique. Le travail peut alors véritablement commencer ! Et tout cela rythmé par la bonne humeur et l’enthousiasme des jeunes burundais, mêlés de chants et de danses.

Rapidement, des liens se tissent et déjà des amitiés naissent. Je rencontre Candide, toujours le sourire et un sens de l'humour bien développé ! Elle fait rire tout le monde et nous communique son entrain et sa gaieté. Puis, il y a Moustafa, Thierry, Alphonsine, Christa et tant d'autres avec qui, nous passons des journées inoubliables.

Une autre chose frappante est la notion du temps totalement différente de la nôtre. Nous apprenons à vivre à un rythme différent sans le stress de la vie occidentale. Ici on prend le temps de faire les choses, de se voir, de se parler, d’apprendre à se connaître. Les villageois et les jeunes sont très accueillants et cet accueil dépasse de loin ce que j’avais pu imaginer. Avec les jeunes, on peut discuter de tout, ils sont ouverts et curieux. Je sens en eux cette forte envie de reconstruire leur pays et de sortir de la crise qu’ils vivent. Un formidable souffle de vie et d’espoir se dégagent. Ils sont prêts à reconstruire pourvu qu’on leur donne les moyens de le faire. Mais ce qui m'interpelle, ce sont les rapports entre amis. Ils sont plus physiques et il est naturel de se promener main dans la main avec son ami, que se soit entre garçons ou filles.

Cette expérience de vie m’a appris à relativiser mes problèmes, à revenir aux valeurs essentielles que sont la famille, l’amitié,…D’autre part, cela m’a permis de constater que certains droits fondamentaux comme le droit à l’éducation, à l’eau potable, à une hygiène de vie minimum, …ne sont pas encore acquis pour tous. Beaucoup de chemin reste à parcourir mais ensemble, burundais et européens, nous pouvons contribuer à un meilleur avenir pour le Burundi. Nous avons beaucoup à apprendre d’eux, mais l’important est de ne pas rester sur des préjugés diffusés par les médias. Dépassons cela pour aller à leur rencontre. Le Burundi a été une découverte, un coup de cœur, un épanouissement pour moi, j’en reste profondément attaché et marqué.

Christopher Jaumoulle