Stéphanie D’ATH

Accueil> les témoignages > Stéphanie D’ATH

Témoignage

Quand les jeunes s’en mêlent… à l’échange nord sud IRIBA 2008.

Mercredi 16 juillet, 7pm, j’atterris à l’aéroport de Bujumbura. Je ne vois pas grand-chose, il fait noir. En effet ici c’est la saison sèche, et contrairement à la Belgique, les soirées ne sont pas longues et claires comme en été chez nous. L’aéroport est assez petit pour un aéroport international mais il a son charme et grouille de monde. Apparemment, durant les congés, les burundais vivant a l’étranger viennent rendre visite à leur famille et les ex pat contrairement, retournent dans leur pays d’origine. Ce qui fait un trafic important !

Claude, le président d’IRIBA, à la tête de l’organisation du projet d’échange nord sud, visant en cette année 2008 à lutter contre la discrimination et particulièrement celle des Batwa, nous attend et nous accompagne jusque chez lui. Avant une nuit bien méritée, nous échangeons quelques conversations avec les Burundais qui nous accompagnent. Leur bonne humeur et leur accueil chaleureux nous mettent tout de suite à l’aise. Le réveil est très matinal. Apparemment, des que le soleil se lève il n’est plus trop question de paresser dans son lit, une belle journée ensoleillée s’offre à nous pour découvrir Bujumbura (Buja pour les intimes).

Apres un petit déjeuner ou nous avons dévoré une délicieuse brioche en forme de « Gustave » (l’équivalent du monstre du Loch Ness dans le lac Tanganyika, croco qui, selon les rumeurs, mesure plus ou moins 15m et qui a déjà plus d’un homme croqué et tué à son actif), on commence notre tour dans la capitale. On débute par un passage à l’ambassade où on nous accueille chaleureusement et ou l’on reçoit un exposé sur la situation actuelle. Ensuite, le pick-up nous emmène un peu partout. En passant par le musée vivant (zoo avec toutes ces bêtes qu’on est content de voir dans des cages plutôt qu’en life : croco, serpents,..) le quartier de Kiriri, la belle vue panoramique de la colline Vugizo, le marche du centre ville, la plage, le lac, la place de l’indépendance, de la révolution, le monument de l’unité, la cathédrale et j’en passe. On déjeune d’une brochette de viande ou de poisson au bord du lac et on termine la journée au cercle nautique avec le lancement officiel du projet Forum des jeunes Nord-Sud 2008.

Buja c’est beaucoup de choses fascinantes mais une ville fort différente de ce à quoi je m’attendais. Le contraste entre la Belgique, très développée, et le Burundi, qui de ce côte là doit encore beaucoup évoluer, est frappant. Les voitures sont un luxe que peu peuvent s’offrir, seules les rues principales sont en béton, les magasins sont plus des marchés ou petites échoppes, etc.

Le vendredi nous quittons déjà la capitale pour ‘monter’ (car ici des qu’on quitte Buja c’est pour aller dans les collines) et aller dans la province de Kayenza à Muruta rejoindre les autres membres du groupe et commencer le projet. Le trajet est superbe, les paysages magnifiques. On me dit que ‘lorsque Dieu a peint le Burundi, il a pris une palette de verts et s’est amuse’, c’est tout a fait ça : les verts se déclinent entre les champs, forets, plantations, collines et toutes sortes de végétations. La beauté du Burundi est inouïe, et indescriptible. Le revers de la médaille est la pauvreté omniprésente de la population. Dans la campagne encore plus qu’en ville cela me frappe. Chaque jour je la vois partout et je ne m’y habitue pas. Surtout celle des Batwa (ethnie qui représente moins d’un pourcent de la population et qui est la plus pauvre. A la base ils vivaient de la chasse et de la cueillette, mais depuis qu’ils se sont sédentarisés, ils n’ont que de maigres terres en pentes et ne peuvent que survivre dans un pays où ils sont méprisés et ou rien de leur est octroyé).

Vendredi on s’installe et on apprend à se connaître. Les animateurs sont 5, les jeunes une grosse trentaine. Tim et moi sommes les seuls Bazungu (blancs) parmi les burundais, venus des 4 coins du pays, et des congolais. L’insertion est complète et riche en apprentissage. Dès le samedi nous nous mettons tous à l’ouvrage. Les journées sont rythmées par un horaire respecté à la montre africaine 😉 levé à 6:30am, petit déjeuner et puis départ sur le chantier. Les jeunes aident du mieux qu’ils peuvent les maçons dans la construction de 10 maisons pour les Batwa. Ces derniers nous aident volontiers également. On a l’occasion de leur parler et de voir la manière dont ils vivent.

A mes yeux c’est pire que la misère. Ils mangent peu voir pas et leur alimentation est composée de patate douces et de maigres récoltes qu’ils ont faites. Leurs pots qu’ils vendaient et représentaient leur seule source de revenus ne valent plus rien depuis que des substituts tel que plastics et autres ont fait leur apparition. Des familles entières habitent dans de minuscules cabanes construites de terre, bois et paille. Vu l’inexistante de moyens de contraception, les familles sont toutes très nombreuses. L’eau est à 1/2h à pied et je ne vous décris pas le chemin qu’il faut emprunter pour y parvenir. Je serais incapable de remonter une de leur bidouille de 20 litres sur ces sentiers en pente et glissants. Il est fabuleux de voir comment les femmes portent celles-ci courageusement sur leur tête. Leurs vêtements sont des haillons. Vu la poussière due par la terre ils semblent sales en permanence. Les chaussures sont un luxe qu’ils ne peuvent pas se permettre comme beaucoup d’autres choses. Leur corps porte les traces de tout ce qu’ils ont endurés (le froid, la faim, les maladies non soignées, …), et malgré cela ils savent encore se réjouir et danser, chanter, sourire etc. avec nous.

On rentre pour le déjeuner et ensuite commencent les activités : le sport et ensuite soit un atelier (poterie, danse, chant) soit des conférences sur la discrimination. Ces dernières sont des plus intéressantes et des débats qui le sont encore plus les suivent. Plusieurs sujets ont été abordés : la discrimination des Batwa mais aussi d’autres formes tel que celle des juifs, les problèmes communautaires en Belgique, les mesures de conciliation au Canada, le racisme au Congo, en Belgique, etc.

Le dîner est partagé ensemble avant les animations du soir. Eventuellement un reportage ou un film interpellant est visionné le soir. Le samedi une soirée dansante est prévue précédant le dimanche, jour de repos et de visite.

Nous sommes répartis en trois groupes et chacun à son tour fait la cuisine et la vaisselle. C’est une activité diversifiante et qui demande beaucoup de temps car ici par exemple le riz doit être trié. Tout est cuit sur un feu. Le bétail et la volaille sont achetés vivant et nécessitent un certain travail avant de devenir le morceau de viande qu’on a l’habitude d’acheter au supermarché. Le pain est fait maison. La vaisselle est faite à la main, bien sur, avec du savon de Marseille (tout comme la lessive d’ailleurs ou tout autre nettoyage), etc. Le supermarché ça n’existe pas : les courses sont faites au marché et seuls les produits de la saisons sont pratiquement trouvables. Bref ça ressemble à un mixte entre le camping et le camp guide avec les bonbonnes à gaz en moins ;-).

Nous voila déjà à la moitié du projet ! Le temps file et le groupe se soude. Il nous reste une petite semaine de chantier (qui avance à grands pas : les maisons grandissent à vue d’oeil) et puis un tour dans le pays afin de visiter et découvrir les autres merveilles de la ‘Suisse Africaine’. Même si le soleil n’est pas toujours avec nous (il fait même froid de temps en temps puisqu’on est en altitude), l’ambiance est très bonne et nous essayons chacun de mettre notre petite pierre dans l’édifice d’un monde meilleur pour les Batwa afin d’améliorer leurs conditions de vie et d’interpeller le monde pour leur cause.

Stéphanie D’ATH
22 ans
Participante